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Venez me voir! Bien à vous
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Venez me voir! Bien à vous
L'évangile de ce dimanche communément intitulé l'enfant prodigue est très connu et constitue même l'une des plus belles pages du Nouveau Testament: un Père avait deux fils. Le cadet réclame son héritage et quitte la maison paternelle, s'en va loin, dépense sa fortune et choit dans la misère! Il prend alors la décision de revenir chez son Père, implorer sa pitié et être pris chez lui, juste comme un serviteur. Contre toute attente, le Père l'accueille les bras ouverts, offre un festin pour son retour: une situation que ne peut comprendre le frère aîné qui se sent abusé, et même trahi par son paternel.
Cet évangile a inspiré de très beaux commentaires et pour cause, car il est très riche et s'offre à de multiples lectures: on pourrait focaliser sur l'attitude du Père, dont la naïveté trahit même la bonté, la miséricorde et le respect de la liberté de chacun. On pourrait mettre les projecteurs sur le fils aîné qui est le type même de l'homme qui s'estimant en règle avec Dieu, lui réclame des droits.
Mais j'aimerais en retenir seulement une ou deux choses à propos de l'enfant prodigue. Si comme lui, un de vos enfants venait à vous avec la même demande que le fils dans l'évangile « Donne-moi ma part d'héritage », j'imagine que vous lui répondrez « mais, je ne suis pas encore mort »! et ce serait logique. Aussi, le fils prodigue en réclamant sa part d'héritage adresse implicitement à son Père le message que voici: pour moi, tu es mort! De plus, c'est une manière de dire à son Père, « je n'ai plus besoin de toi » tout en ayant besoin de lui pour l'héritage! Et pour confirmer cette impression, le fils tourne le dos au Père et s'en va dans un pays lointain.
Mais si nous allons du début à la fin de la parabole, nous nous rendons compte tout de suite que la perspective change du tout au tout: le fils prodigue qui semblait dire, je n'ai pas besoin de toi, retourne vers son Père pour lui dire exactement le contraire: j'ai besoin de toi, peut-être plus comme Père mais comme patron, prends-moi comme un ouvrier! De plus, nous voyons que celui qui était mort, ce n'était pas le Père, mais le fils: « mon fils que voilà était mort » ne cesse de répéter le Père lorsque le fils revient à la maison.
Entre ces deux moments, un événement décisif s'est produit: le fils après tous ses déboires, « rentre en lui-même ». Cela veut dire qu'il y a longtemps, il n'était plus entré en lui-même. Cet jeune homme qui vit éloigné de son Père s'est finalement, avec le temps éloigné de lui-même. En prenant ses distances vis-à-vis de son Père, il avait sans le savoir pris ses distances vis-à-vis de lui-même, il était devenu comme étranger à lui-même, il était mort! Et le jour où il rentre en lui-même, où il retrouve sa vérité, c'est le même jour qu'il retrouve le chemin de la maison du Père.
Au départ, il s'était dit que pour être libre, il devait réclamer son indépendance; à la fin, il découvre qu'on peut être libre en dépendant de quelqu'un qui vous
aime. Les histoires d'amour sont toujours écrit de cette façon: plus on dépend de quelqu'un (sans lui je ne peux pas vivre), plus on lui est attaché, plus on trouve sa joie et sa liberté! C'est
le paradoxe de l'amour qui est ici manifesté! C'est le paradoxe d'un amour qui ne juge pas le fils, qui lui donne sa liberté mais qui continue d'espérer qu'il revienne. Et c'est le paradoxe de
cet amour retrouvé qui conduit le fils à la conversion. L'attitude du fils prodigue nous en dit long sur l'amour de Dieu pour nous: il ne nous réclame rien; et il nous donne toujours davantage
lorsque nous n'avons rien à réclamer de lui. Il ne nous dit pas : « convertissez-vous pour que je vous aime » mais il dit toujours: « je vous aime, convertissez-vous ». Et
reconnaître cet amour, c'est reconnaître la vérité de notre être profond: retourner à Dieu, c'est retourner à soi-même et retourner à soi-même, c'est retourner à Dieu. C'est pourquoi et c'est par
là que je veux conclure, la conversion doit être une joie. Savoir que nous avons du chemin à faire pour retourner au Père (dans l'eucharistie de chaque jour ou de chaque dimanche, à la
confession, dans le sacrement de la réconciliation), c'est retourner au Père pour un festin de veau gras: c'est dans la rencontre avec Dieu, pouvoir se rencontrer soi-même.